Sylvie Ladame
Une artiste portée par la couleur
Par Clarisse Bioud
C’est au cours de la préparation de son livre que nous avons eu le privilège de passer quelques jours auprès de Sylvie Ladame. L’occasion de retracer son parcours d’artiste, de connaître ses sources d’inspiration et de comprendre sa façon de travailler.
Lumineuse et chaleureuse, Sylvie Ladame est intarissable sur sa démarche artistique et ses envies créatives en ébullition. On se dit alors, en observant son travail, que rarement des œuvres n’ont aussi bien reflété la personnalité de leur auteur.
Sylvie est née à Saint-Etienne, dans la Loire. Sa grand-mère maternelle l’éduque à « tout ce qui est beau », à travers quelques premiers travaux de couture, de belles dentelles et des tissus précieux. De son autre grand-mère italienne, elle reconnaît avoir hérité le sens du contact et le goût de passer du temps avec les autres. Sylvie fonde très vite une famille et s’occupe de ses 3 garçons. Elle bricole beaucoup, tentant la peinture sur soie, le cartonnage, la restauration de vieux meubles, sans oublier les travaux de la maison qu’elle fait construire avec son mari à quelques kilomètres de Gap, dans les Hautes-Alpes. Ils ont élu domicile dans cette région où elle passait ses vacances enfant, entre le lac de Serre-Ponçon et les parcs des Ecrins et du Queyras.
La rencontre avec Fanny Viollet
Une fois que les enfants ont grandi, Sylvie opère un retour sur elle-même. Elle qui aurait rêvé de faire des études artistiques découvre le patchwork. L’idée d’assembler les tissus et de les transformer la séduit. Boulimique, elle cherche à apprendre toutes les techniques traditionnelles, en glissant peu à peu vers des créations plus contemporaines. La révélation a lieu lors d’un stage de piqué-libre de Fanny Viollet. « Outre ses cours très structurés et complets, j’ai tout de suite aimé le personnage généreux et créatif » se souvient Sylvie qui, emballée, suit tous les autres stages de Fanny. « J’ai basculé dans un autre monde, en sachant qu’il était fait pour moi » déclare-t-elle. Son travail est de plus en plus abouti. Elle participe à des concours, notamment à Briançon où elle remporte deux prix à deux ans d’intervalle. En 2005, elle expose au Festival de La Bourboule où elle se voit décerner le prix du public. Dans la foulée, elle expose à la Fête de la Laine de Crest, à Prague et au Centre d’art contemporain de Briançon en 2007.
Un travail porté par la couleur et la matière
C’est la couleur qui, dans les créations de Sylvie, capte d’abord le regard pour ne plus le lâcher. Jamais utilisée pure, elle s’exprime dans toutes ses variations, du blanc cassé au noir, en passant par les couleurs terre (rouges, orangés, marron), les bleus, les verts, les violets et les roses. L’argent et l’or ne sont pas en reste, se posant par-ci par là, pour s’emparer d’une partie de l’ouvrage ou simplement souligner un détail. Les effets de matière subjuguent ensuite : les tissus (cotons ou soies) naturels ou teints par Sylvie, l’organza, l’Avalon, le tyvek, le lutradur et les morceaux de laine (cardée, feutrée…), de gaze, de voile, de ruban, de fils subissent toutes les transformations souhaitées par l’artiste pour s’entortiller, se plisser, se nouer, se déchirer, se trouer, se brûler… assemblés ensuite par du piqué-libre et embellis. Plus l’œil s’approche, plus il prend la mesure de la richesse des détails, tous travaillés avec précision, comme si rien n’avait échappé à l’artiste.
L’inspiration de Sylvie est multiple. De son jardin fleuri et arboré aux montagnes environnantes, de ses voyages à ses livres de photos, des tissus aux fils qui remplissent les panières de son atelier et qui n’attendent que son talent pour donner vie à une œuvre. Sylvie apprécie tout ce qui est géométrique, non sans y mêler de la fantaisie, comme dans les œuvres de Klee et de Hundertwasser qui mettent en scène des formes simples voire naïves. D’une création à l’autre, elle aime changer de matériau, passer de la transparence de l’organza à la densité de la laine cardée, de la souplesse à la rigidité.
Si Sylvie a toujours basé son travail sur la couleur et le graphisme, elle a longtemps réalisé des œuvres jouant sur la transparence des matières. Depuis environ deux ans, elle s’attache à la notion de volume, comme avec « La Vénus de Sylla » et tout dernièrement, de jolies fleurs textiles, les « Valunites ».
Parallèlement à son travail d’artiste, Sylvie donne des cours à Gap depuis plusieurs années. Si elle reconnaît y dépenser beaucoup d’énergie, elle n’envisage pas une minute d’arrêter. « Cela m’oblige à me renouveler et à me structurer… Et me fait sortir de mon atelier ! » précise Sylvie qui a d’ailleurs créé, parmi ses élèves, un groupe d’art textile dont elle est très fière.
La consécration : une exposition, un livre
En septembre 2008, Sylvie est invitée à exposer au Carrefour Européen du Patchwork de Sainte-Marie-aux-Mines. Elle en garde un souvenir ému : « ce contact profond et intense avec le public m’a permis d’avoir un vrai retour de mon travail à travers ce que les gens pouvaient m’en dire». Elle ajoute : « quel plaisir de voir une personne ressortir de l’exposition, le sourire aux lèvres ! C’est incroyable comme les gens sont beaux quand ils sourient et ressentent des émotions ! »
Dans la logique de son parcours d’artiste, Sylvie publie aujourd’hui un livre aux Editions de Saxe, « Entre couleurs et textures », présentant ses créations axées sur la couleur, la matière et le graphisme à travers de superbes photos de ses œuvres. A la recherche de nouvelles voies à explorer, Sylvie aimerait aujourd’hui collaborer avec de grandes maisons de couture parisiennes… Nul doute que ce souhait se réalisera tant Sylvie cumule talent et générosité.
Une artiste au travail
« J’ai besoin d’être seule et dans le silence pour créer, dans un état proche de la méditation. Tout est pensé de A à Z, même si je m’autorise de plus en plus de fantaisie et de délire. La création est le domaine de liberté par excellence ! Il faut se faire plaisir ! Après avoir laissé germer l’idée dans ma tête, je réalise un croquis. Priorité d’abord à la réflexion : je m’interroge sur les techniques et les matériaux à utiliser, je réfléchis au format, à la structure et au support définitifs de l’œuvre. Une sensibilité devant se dégager des tissus sélectionnés, je passe un long moment à choisir mes couleurs. S’il m’en manque une, je n’hésite pas à teindre un tissu. Je fais quelques essais de créations de matières pour juger de l’effet donné. Ensuite, je démarre le projet en suivant mon croquis, mais j’opère souvent des changements en cours de route. Dans ma tête, je fais discuter plusieurs personnes sur mon travail, proposant des points de vue différents ! Je fais régulièrement des pauses. Quand je suis bloquée, je place mon travail face au miroir : j’essaie alors de me surprendre comme si c’était la première fois que je le voyais ! Cela me permet aussi de pénétrer au plus profond de ma création. Les choses sont définitives quand je suis certaine que je fais le bon choix. Si je suis vraiment bloquée, je laisse de côté mon ouvrage pour commencer un nouveau projet qui, souvent, m’aide à conclure le premier. Enfin, arrive l’étape des finitions qui consiste à mettre en valeur tout ce que j’ai réalisé au préalable. J’utilise des cadres que je patine moi-même ou des morceaux de bois flottés qui font partie intégrante de l’œuvre. La réalisation en est ainsi passionnante du début à la fin, portée par un travail de réflexion constant. »
Pour en savoir plus, contactez Sylvie Ladame par e-mail : sylvie.ladame@wanadoo.fr ou découvrez son travail sur son site www.arttextile.net

Découvrez le premier livre de Sylvie Ladame
« Entre couleurs et textures »,
Les Editions de Saxe, MLAB 142.
www.edisaxe.com