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Gabrielle Paquin
Un graphisme incomparable

Par Gül Laporte

Nous avons eu le plaisir de revoir Gabrielle Paquin, artiste invitée au 14ème Carrefour Européen de Patchwork, à l’automne dernier, et de pouvoir ainsi admirer son travail récent.

Comme beaucoup d’entre nous, Gabrielle Paquin a fait ses classes en commençant par le patchwork traditionnel, il y a 20 ans. Elle a depuis 8 ans, évolué vers le contemporain qui lui permet de mieux s’exprimer. Elle considère ses œuvres comme « des tapisseries textiles », qui bien que non tissées, ont du poids et de la texture.
Depuis longtemps intéressée par le graphisme - son rêve était de devenir peintre - elle décide de suivre des cours de dessin et de peinture à l’école des Beaux-Arts d’Orléans. Grâce à cette formation, son basculement dans le patchwork contemporain a été très rapidement une réussite.

Une prédilection pour la rayure
Gabrielle a toujours beaucoup admiré la styliste Sonia Rykiel, d’où son penchant pour les rayures.
Elle est également une lectrice assidue de Michel Pastoureau dont le livre « La rayure, l’étoffe du diable » l’a beaucoup aidée à mieux se libérer. C’est ainsi qu’elle a appris que par le passé, la rayure avait une connotation négative, puisqu’elle s’apparentait aux costumes des bagnards et aux personnes que nous qualifierions de nos jours « d’exclues ».
Pourtant, à la Révolution française, la rayure devient moderne et populaire, portée par les femmes mais aussi par les hommes, sans doute pour se démarquer de la noblesse.
Ce sont les tissus et les rayures qui l’inspirent dans ses créations. Elle a souvent des idées bien précises qui murissent dans sa tête et qu’elle transcrit sur le papier. Elle colorie ensuite ses dessins et il lui arrive de les laisser parfois de côté pendant de longues périodes. La plupart du temps lorsqu’elle reprend un projet laissé de côté, elle le retravaille, puis réalise une maquette grandeur nature qu’elle accroche au mur. Elle dispose ses tissus par couleur, joue avec les matières et finit par faire son choix, ce qui peut lui prendre quelques heures, ou quelques jours. Son assemblage se fait de façon classique, en piécé ou en appliqué à la machine. Elle dispose ses morceaux au fur et à mesure sur sa maquette et prend du recul, à la manière d’un peintre, pour vérifier l’esthétique et l’effet produit.
Son matelassage se fait également à la machine, dans les rayures, au point droit très serré, tous les 7 mm, afin de donner du relief aux motifs des tissus.

La recherche des contrastes
Elle préfère les tissus rayés bicolores contrastés : rouge et blanc, bleu marine et écru etc. L’avantage d’un tel choix : les deux teintes finissent par se fondre et créent une nouvelle couleur qui donne un effet doux et harmonieux dans des tons souvent dégradés. Dans le même concept, il lui arrive également d’utiliser certains tissus rayés japonais dont les coloris très doux s’harmonisent parfaitement avec ses autres choix. Elle cherche ses tissus aussi bien dans des boutiques de patchwork que dans des vide-greniers et aiment se servir de chutes de chemises, bien qu’il soit de plus en plus difficile d’en trouver, la fabrication se faisant principalement en Chine. Elle se demande d’ailleurs parfois si elle ne ferait pas mieux de s’y rendre pour y trouver son bonheur !
Le cheminement de Gabrielle est effectivement très personnel, mais elle nous affirme qu’elle ne l’intellectualise pas du tout, et que sa démarche lui a tout de suite paru naturelle, sans qu’elle ait à se poser de questions. Elle aime « pousser la rayure dans ses derniers retranchements », les couper dans le sens vertical, assembler les bandes à d’autres coloris rayés pour former ainsi de nouvelles rayures.
Gabrielle prépare actuellement une exposition pour le Centre des étoffes et de patchwork de Sallèles d’Aude qui se déroulera entre mi-mai et fin juillet. Il lui arrive aussi d’exposer ses peintures avec d’autres artistes dans des galeries d’art. Dernièrement, elle a voulu faire l’expérience de montrer ses quilts à côté des peintures de ses collègues, afin de voir la réaction d’un public pas du tout préparé à cela. Elle a été très heureuse de constater que l’accueil fut plus que positif et se propose de renouveler l’expérience très prochainement.

Un prochain cours sur la rayure
Entre temps, Gabrielle prépare un cours pour le 15ème Carrefour Européen du Patchwork en septembre prochain. Retraitée, Gabrielle donne des cours de patchwork traditionnel dans son ancienne entreprise, mais celui qu’elle proposera au Carrefour sera une première, puisqu’il sera axé sur le contemporain et tout particulièrement sur la rayure. Elle ressent le besoin de faire une introspection personnelle pour analyser sa propre démarche avant d’initier ses futures élèves aux rayures.
En bavardant et en côtoyant d’autres quilteuses, elle réalise à quel point elles hésitent à utiliser exclusivement des rayures dans un quilt et son but est justement de les aider à prendre confiance dans ce sens.
En attendant, Gabrielle a accepté pour les lectrices de Magic Patch, de nous mettre sur la voie à travers son quilt « Autour du cercle ». Merci pour cette belle leçon et à bientôt.

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