William Adjété Wilson
Par Gül Laporte, avec l’aimable collaboration de l’artiste
Conseillée par Michael James, Gül Laporte a poussé la porte de l’atelier de William Wilson,
artiste d’origine africaine installé en France et auteur de « L’Océan noir », épopée textile étonnante.
Charmée par sa rencontre, elle en fait profiter Magic Patch.
William Wilson est tout d’abord un artiste plasticien qui, depuis 25 ans, s’exprime dans un style à la fois imagé et coloré.
Il aime travailler avec différents supports et techniques tels que le pastel sec sur papier, l’huile sur toile, l’encre et l’acrylique.
Il sculpte également le bois pour réaliser de très jolies pièces aux couleurs vives.
D’origine africaine par son père, William a décidé d’aborder le travail textile pour raconter en 18 tableaux (160 x 100 cm) chronologiques,
l’aventure des Noirs d’Afrique et des diasporas des Amériques et d’Europe depuis le 15e siècle jusqu’à l’entrée
dans le nouveau millénaire.
Pour bien comprendre sa démarche, il faut d’abord se pencher sur l’histoire personnelle de cet artiste : né en France de père togolais et de mère française, il n’a connu le continent africain qu’à la fin de son adolescence. Ce premier séjour lui a donné l’envie de faire des recherches sur le passé de sa famille africaine. C’est ainsi qu’il découvre que ses ancêtres appartenaient aux principales familles du Togo et du Bénin qui ont, entre autres, servi d’intermédiaire dans la traite des esclaves. Par la suite, ces familles ont fourni à leurs pays de nombreux intellectuels, médecins, politiciens formés en Europe. Ce sont ces femmes et ces hommes qui ont façonné l’histoire de leur pays aux 19e et 20e siècles, aussi bien pendant la colonisation qu’après l’indépendance.

L’épopée « Océan noir »
En réalisant son « Océan noir », William Wilson a voulu retracer l’histoire des liens qui, depuis cinq siècles,
unissent l’Europe et l’Afrique ainsi que l’Afrique et les Amériques du fait et des suites de l’esclavage.
Cette épopée est comme une chanson de geste qui laisse deviner tout le tragique et l’épique de cette histoire
qui a ouvert l’époque moderne et créé le monde dans lequel nous vivons actuellement.
La ville béninoise d’Abomey est la capitale de l’ancien royaume de Danxomé (1580-1900). Elle est toujours la capitale historique du Bénin, classée au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. Les treize rois de cette dynastie ont su développer autour d’eux des arts de cour de grande qualité, en particulier dans l’art des tentures en appliqué. Elles sont réalisées en cotons traditionnels teints dans lesquels des formes sont découpées et appliquées sur un fond. Les tissus peuvent être de différentes sortes, allant du traditionnel au très contemporain, donnant ainsi un effet différent aux « tableaux ». Dans « L’Océan noir », comme dans une bande dessinée, chaque tenture est liée à la précédente, formant ainsi une seule pièce en 18 parties. Certaines pièces peuvent également comporter du texte brodé ou cousu.
Le savoir-faire d’Abomey
La ville d’Abomey a conservé cette tradition encore perpétuée par plusieurs familles d’artisans. Mais il faut noter que des artistes béninois de renommée internationale, tels que Romuald Hazoumé, Koffi Gahou ou Yves Apollinaire Pèdé, se sont réappropriés ces techniques ancestrales et les font évoluer considérablement. C’est dans ce contexte que William Wilson a réalisé son projet et que, pour ce faire, il a passé de longs mois à Abomey en 2007 et 2008. A partir des croquis initiaux conçus à Paris, il a réalisé sur place et sur papier les maquettes de travail grandeur nature qui ont ensuite été découpées pour devenir des patrons. Puis il a travaillé en collaboration étroite avec les maîtres teinturiers à la réalisation d’une première série complète. Cet ensemble a été ensuite reproduit en cinq exemplaires avec des variantes de tissus et de couleurs, ce qui a permit une exploration étendue des nombreuses possibilités offertes par l’expérience séculaire des artisans d’Abomey.
Pour accompagner les tentures de « L’Océan noir », William Wilson a tenu à écrire lui-même un livre qui vient de sortir chez Gallimard avec une préface de Catherine Clément. Cet ouvrage comporte d’une part, les images en grand format des 18 tentures et d’autre part un texte explicatif en regard de chaque image. Celui-ci nous permet de mieux cerner l’ampleur de ce travail dans ses aspects historiques, artistiques et pédagogiques. Une troisième partie nous montre, en photos, l’atelier et les différentes phases de la réalisation.
Nous remercions William Wilson de nous avoir si gentiment accueillis dans son atelier du 15ème arrondissement de Paris pour vous présenter quelques-uns de ses tableaux, en avant-première.
En savoir plus…
William Wilson exposera prochainement ses tentures, en France, aux Etats-Unis et en Europe. Nous ne manquerons pas de vous communiquer les dates dans notre agenda.