Textiles d’Afrique de l’Ouest : entre tradition et modernité.jpg)
Musée départemental textile de Labastide-Rouairoux (81)
Par Gül Laporte - Crédit photos : Anne Grosfilley
Le Musée départemental textile de Labastide-Rouairoux, situé entre Mazamet et Béziers, au nord de Narbonne,
expose jusqu’au 29 novembre prochain la très belle collection de l’anthropologue Anne Grosfilley.
Le coton, fibre africaine par excellence, est le fil conducteur de cette exposition.
Le rôle du textile revêt une importance extrême dans les cultures africaines.
C’est un mode d’expression doublé d’un code social. Les Africains ont depuis toujours utilisé des techniques
de tissage et des impressions symboliques pouvant être reliées à un mode de vie bien spécifique.
Le savoir-faire se transmet de génération en génération, donnant ainsi aux femmes une assise socio-économique à ne pas négliger.
Présentation des savoir-faire, explication des modes de fabrication des tissus et de leur transformation :
l’exposition de la collection d’Anne Grosfilley permet de se familiariser avec le tissage, la teinture et l’impression
des textiles depuis leurs origines (coton filé à la main, utilisation des teintures végétales) pour arriver aux méthodes
modernes et parfois industrielles de fabrication. En effet, les mutations des sociétés africaines et le développement
des villes au détriment des zones rurales ont entraîné des changements importants tout à fait visibles dans les textiles actuels.
Le tour d’Afrique des tissus et des techniques
Le wax est considéré comme un tissu africain d’Europe parce qu’il est fabriqué en Europe depuis plus de 150 ans,
spécialement pour l’Afrique de l’Ouest ! Il s’agit d’un batik inspiré des motifs
indonésiens et adapté au goût africain sans envers ni endroit, mais qui demeure assez cher pour les populations africaines.
Pour cette raison, des imitations appelées « fancy » sont imprimées sur place et vendues à meilleur prix sur les marchés.
Les Africaines aiment donner des noms aux motifs : « fleur de mariage », « mon mari est capable », « piment »…
L’indigo crée l’unité des pays de l’Afrique de l’Ouest tout en conservant une diversité et une intensité bien spécifiques à chaque pays.
Les femmes Bozo et Dogon du Mali, les hommes Mossi du Burkina Faso travaillent à partir de cotonnades
artisanales et exécutent les motifs par réserves mécaniques en nouant et cousant à la main certaines parties des tissus.
En Guinée, la technique de teinture indigo est en plein essor grâce à certaines adaptations telles que l’utilisation
de tissu damassé appelé « basin » où les motifs sont isolés par des plissages et des surpiqûres à la machine à coudre.
Le basin est un tissu de prestige permettant de réaliser des boubous rebrodés pour des cérémonies religieuses
ou de grands évènements. Il est très prisé par les populations musulmanes. Ces vêtements coûtant très cher,
il n’est pas rare de voir des familles s’endetter pour pouvoir se les offrir.
L’adinkra (“dire adieu”) est propre au groupe akan et, plus particulièrement, aux Ashanti du Ghana
et aux Abron et Agni de Côte d’Ivoire. Le rouge, mais aussi les camaïeux de roux et de violet, de bleu et de noir
sont les couleurs du deuil chez les Akan alors que le blanc est porté en remerciement à Dieu.
Ainsi, lorsqu’une personne très âgée meurt, elle est habillée de blanc pour rendre grâce à Dieu
de lui avoir permis d’accomplir son temps.
L’adinkra se réalise sur différents supports, allant des toiles artisanales à la soie, avec une préparation
chaude à base d’écorce ressemblant à du goudron.
On travaille à genoux, seul ou en binôme, sur le tissu étalé sur une longue
estrade molletonnée. Les dessins sont tracés à l’aide d’un peigne et les motifs imprimés avec de petits tampons.
Ce savoir-faire se transmet de père en fils mais n’est pas très lucratif car il n’intéresse pas le marché touristique.
Le bogolan (“décoré de la terre”) est le symbole du Mali. Considéré comme un réservoir de force vitale,
ce tissu est utilisé comme protection lors des accouchements ou des excisions.
Si les étoffes rituelles sont bicolores, il est fréquent de nos jours d’en trouver des polychromes.
Le Nigeria est réputé pour ses traditions tinctoriales. Au nord, la population teint les chèches des Touaregs
en un bleu presque noir puis martèle les voiles avec un maillet en bois pour leur donner un aspect cuivré.
Au sud-ouest, les femmes utilisent des tissus industriels sur lesquels elles appliquent une pâte amidonnée
empêchant la teinture de pénétrer. Elles tracent à main levée des motifs animaliers ou des formes circulaires
à l’aide d’un peigne fin. Les hommes, par contre, ont mis au point des pochoirs qui facilitent le travail.
L’exposition présente aussi les traditions de tissage qui remonteraient au XIe siècle
au Mali et qui, grâce aux
métiers démontables, ont permis la propagation des techniques au reste de l’Afrique de l’Ouest.
En rendant hommage aux couturiers africains tels que Pathé’O, très respecté dans le milieu de la Haute Couture,
Anne Grosfilley montre comment la tradition peut aussi mener à la modernité, lorsque les femmes
ou les hommes africains actualisent leur héritage culturel en créant des lignes tout à fait contemporaines.